AVIFAUNE (environnement)


AVIFAUNE (environnement)
AVIFAUNE (environnement)

Les progrès considérables réalisés récemment dans la connaissance des oiseaux et de leur biologie permettent d’aborder des thèmes nouveaux dans lesquels l’oiseau est conçu moins comme l’objet direct d’une recherche que comme un modèle permettant de dégager des lois générales sur l’organisation et la dynamique des communautés.

La classe des Oiseaux présente en effet de nombreux avantages qui permettent de déboucher directement sur des applications pratiques: leur mode de vie diurne et les manifestations visuelles et acoustiques de la plupart des espèces les rendent aisément accessibles à l’observateur; ils ne posent pas de problèmes de détermination sur le terrain; en tant que vertébrés homéothermes, ils peuvent occuper tous les niveaux trophiques; ils sont distribués dans les trois dimensions de l’espace, ce qui permet d’évaluer l’importance de la dimension verticale des biotopes sur les peuplements; leur sensibilité au biotope et leur mobilité permettent aux oiseaux de répondre instantanément à toute modification du milieu. Pour toutes ces raisons, les oiseaux ont grandement contribué à la connaissance de la structure et du fonctionnement des écosystèmes et ils s’avèrent être d’excellents indicateurs biologiques. À travers les méthodes modernes de diagnostic des peuplements, les oiseaux peuvent renseigner avec beaucoup de précision sur le degré de développement et l’«état de santé» des écosystèmes. De ce fait, on les utilise de plus en plus souvent pour élaborer les plans de gestion des parcs et réserves naturels ainsi que pour formuler des propositions en matière de gestion de l’espace naturel.

La distribution spatiale des oiseaux

Cartographie des espèces

Les cartes de répartition très précises qui ont été levées à l’échelle de régions ou de pays entiers permettent de suivre l’évolution des espèces et des peuplements. La connaissance de la répartition des espèces est obtenue au moyen d’un inventaire systématique réalisé sur la base d’un quadrillage géographique du territoire. La maille de ce quadrillage, dont dépend la précision des résultats, est fonction de l’étendue spatiale de l’aire à prospecter et de diverses contraintes d’ordre pratique. La cartographie des oiseaux nicheurs de France, dont un exemple est donné sur la figure 1, a été levée à partir des cartes au 1/50 000 de l’Institut géographique national (1 carte = 1 maille). Elle permet d’aborder des problèmes d’ordre biogéographique relatifs à l’origine des peuplements. C’est ainsi que l’avifaune de France, qui compte 356 espèces nicheuses, est composée de cinq grands ensembles (arctique et atlantique nord, sibérien, paléarctique, montagnard, méditerranéen et semi-aride) dont la position respective est schématiquement résumée sur la figure 2. L’ensemble des connaissances acquises sur la répartition des espèces permet non seulement de préciser leur statut mais aussi d’en contrôler l’évolution et d’affecter aux espèces un indice de répartition dans l’espace qui est très précieux pour les problèmes de préservation des espèces et de création de réserves. Quand elle est réalisée à plus grande échelle, la cartographie des espèces peut être accompagnée de renseignements d’ordre écologique, ce qui constitue un premier pas vers l’étude intégrée des communautés. Un bel exemple est fourni par l’atlas des oiseaux nicheurs de la région Rhône-Alpes (P. Lebreton, 1977) où soixante districts écogéographiques ont été distingués sur la base de critères tels que la température, l’ensoleillement, les précipitations, la nature du réseau hydrographique, la pression agricole et la répartition des séries de végétation dominante. À ce niveau, la cartographie devient réellement un outil de travail dont doivent se servir non seulement les scientifiques, mais aussi tous ceux que leur métier ou leur vocation amènent à agir sur l’avifaune et le milieu naturel: chasseurs, aménageurs, protecteurs de la nature.

Structure des peuplements

L’ornithologie est l’une des premières disciplines zoologiques qui ait développé et utilisé à grande échelle des méthodes précises, rigoureuses et fiables de dénombrement des oiseaux sur le terrain. Dans chaque milieu particulier, il est possible de connaître avec précision le nombre d’espèces présentes, la quantité d’individus, la biomasse qu’ils représentent ainsi que le mode de distribution des individus parmi les différentes espèces. Dépassant le cadre de l’oiseau, cette nouvelle approche de l’ornithologie permet d’envisager ce niveau d’intégration biologique de rang supérieur qu’est le peuplement, caractérisé par des propriétés collectives de rang supérieur à celles des espèces. Chaque peuplement peut être défini par sa richesse, sa diversité et par une loi de distribution qui rend compte de son organisation. Ces différents paramètres renseignent sur les conditions de vie offertes aux animaux par le milieu, ainsi que sur les principaux facteurs écologiques qui règlent leur distribution. À ce titre, et parce qu’il est relativement aisé d’en faire le diagnostic, le peuplement d’oiseaux est un excellent bio-indicateur. On a pu démontrer, par exemple, que lorsque le milieu est diversifié, productif et caractérisé par un grand nombre de facteurs écologiques indépendants, comme c’est le cas dans les grandes forêts proches d’un état de maturité climacique, les distributions observées peuvent être ajustées à une loi de distribution de type lognormal, ce qui signifie que le peuplement comporte peu d’espèces très abondantes ou très rares, tandis que la majorité des espèces sont représentées par des effectifs moyens. Une telle situation caractérise les milieux équilibrés dans lesquels le partage d’un grand nombre de ressources est réalisé par des processus délicats de ségrégation des niches. À l’inverse, dans les milieux caractérisés par un facteur dominant et contraignant, comme c’est le cas dans les milieux très dégradés ou pollués, les distributions d’abondance se rapprochent d’une loi de distribution de type loglinéaire caractérisée par un nombre bien moindre d’espèces se partageant les ressources selon un système hiérarchique: une espèce très abondante accapare la plus grande partie des ressources et n’en laisse qu’une fraction à l’espèce suivante, laquelle s’approprie à son tour la plus grande partie de ce que lui laisse la première, et ainsi de suite jusqu’à la dernière. L’examen de ces schémas de distribution permet, à partir du modèle que sont les oiseaux, d’évaluer le niveau de complexité des écosystèmes.

Les oiseaux et la végétation

L’ornithologue sait par expérience que les milieux les plus riches en oiseaux sont généralement les milieux forestiers caractérisés par une forte hétérogénéité spatiale: juxtaposition d’arbres d’âge différent, présence de sous-bois, etc. En effet, les oiseaux ne sont pas distribués sur un plan mais ils occupent l’ensemble du biovolume végétal. C’est dans le décor forestier et grâce à lui qu’ils accomplissent les différentes activités qui leur sont nécessaires pour survivre. L’oiseau utilise le végétal, soit indirectement pour sa nourriture (par l’intermédiaire des insectes), soit directement pour l’accomplissement des nombreuses activités qu’exige son comportement: postes de guet, postes de chant, sites de nidification, matériaux de construction du nid. L’ensemble des espèces d’un peuplement se partage ces biens indispensables selon des modalités subtiles en fonction de trois sortes de critères: ceux qui sont liés à la sélection de l’habitat, ceux qui découlent de la morphologie de chaque espèce, dont dépend la technique de chasse utilisée, et ceux qui dépendent de l’heure ou de l’époque d’activité. D’où l’hypothèse d’une relation étroite entre la structure des peuplements d’oiseaux et celle de la végétation. De nombreux efforts ont été déployés depuis quelque temps pour tenter de dégager des lois à caractère prédictif sur les mécanismes d’occupation de l’espace écologique par les oiseaux. Plusieurs méthodes permettent d’exprimer la façon dont les masses de végétation se distribuent les unes par rapport aux autres entre le sol et la cime des grands arbres, ce qui est une mesure du nombre de microhabitats exploitables par les oiseaux. On a pu vérifier que le nombre d’espèces d’oiseaux est proportionnel au nombre de strates de végétation présentes dans le biotope et que la diversité du peuplement est proportionnelle à un indice de complexité de la végétation qui rend précisément compte de cette hétérogénéité spatiale (fig. 3). Ces relations ont une portée très générale car on les trouve identiques sur différents continents: Europe, Amérique du Nord, Australie, dont les oiseaux ont pourtant une origine phylétique différente. La végétation est donc le meilleur intégrateur des conditions écologiques du milieu pour les oiseaux. Cette conclusion a une très grande portée pratique: les oiseaux peuvent servir de modèle pour tester certaines pratiques de sylviculture ou pour juger des conséquences de tel ou tel aménagement sur les communautés animales.

Les oiseaux en tant qu’indicateurs biologiques

Considérés collectivement à l’échelle des peuplements, les oiseaux constituent donc un outil biologique précieux pour procéder à une évaluation de l’environnement et pour proposer des méthodes de gestion de l’espace naturel. Deux exemples illustreront ce point.

Cas des reboisements

Dans les forêts de plaine et de moyenne montagne, les reboisements peuvent être de deux types: il peut s’agir soit de reboisements de production , par lesquels on substitue à une essence spontanée une autre essence plus intéressante sur le plan économique, le plus souvent un conifère, soit de reboisements de protection , dont le but est de reconstituer un couvert forestier là où il avait été éradiqué par suite d’abus de coupe et de pâturage. Le diagnostic des peuplements d’oiseaux a permis de démontrer que chaque fois qu’on remplace une forêt de feuillus par des plantations homogènes, équiennes et serrées de conifères, on appauvrit considérablement le cortège d’oiseaux par réduction du nombre d’espèces et élimination des espèces rares et de celles qui jouent un rôle prééminent dans l’écosystème en raison de leur position trophique. Par contre, les reboisements de protection, souvent réalisés dans des conditions de terrain difficiles, peuvent être des réussites si le forestier prend soin de varier le choix des essences et de mettre en œuvre des traitements sylvicoles qui ménagent le retour des arbres et arbustes spontanés et recréent une véritable ambiance forestière. Une telle restructuration des écosystèmes est parfaitement possible, comme le prouvent les reboisements réalisés à partir de 1860 au mont Ventoux (Vaucluse). La figure 4 révèle en effet que les peuplements d’oiseaux des reboisements en cèdre, pin noir, pin à crochet et chêne vert sont très voisins de ceux des quelques lambeaux forestiers spontanés qui avaient été épargnés et qui ont servi de référence. Cette représentation graphique (dendrogramme) exprime de façon hiérarchique les affinités entre peuplements, ces affinités étant d’autant plus étroites que le trait horizontal reliant deux peuplements est situé plus haut sur l’échelle des niveaux de similitude. En fait, dans cet exemple précis, l’ornithologue possède l’outil qui lui permet de tester les conséquences biologiques du traitement forestier et de contribuer à l’amélioration de ce dernier, dans la mesure où elle est compatible avec les exigences du sylviculteur.

Cas des milieux isolés

On sait que pour pouvoir former des populations viables, les espèces doivent disposer de biotopes d’une certaine étendue en deçà de laquelle leur survie n’est plus possible car les risques d’extinction sont supérieurs aux chances d’immigration. L’analyse quantitative des populations d’oiseaux dans des biotopes isolés de superficie variable permet de connaître la surface minimale nécessaire au maintien de chaque espèce. La figure 5 en donne quelques exemples: si l’on trace la courbe de probabilité de colonisation P de chaque espèce en fonction de la superficie A du biotope, on constate que chacune est caractérisée par une courbe qui lui est spécifique. On commencera à avoir quelques chances de trouver le merle noir dans un petit bois de 10 mètres carrés, mais la surface devra être d’au moins 1 000 mètres carrés pour le geai et de 1 hectare pour la mésange nonnette. Elle serait encore bien plus grande pour les rapaces forestiers et a fortiori pour les grands mammifères prédateurs. La connaissance de ces courbes de colonisation a évidemment un très grand intérêt pratique car elle permet de fixer l’étendue minimale que devrait présenter une réserve pour que toutes les espèces qu’elle est censée abriter puissent être représentées par des populations viables. Ces exigences montrent bien le danger de l’excessive fragmentation des biotopes qui caractérise les régions tempérées de vieille civilisation.

D’autres études, portant par exemple sur l’influence de l’urbanisation sur la faune spontanée, sont très instructives et peuvent être mises à profit par les architectes et urbanistes pour améliorer la trame du tissu urbain. On dispose donc, grâce aux oiseaux, d’un véritable outil de recherche en matière de gestion de l’environnement. Il peut être appliqué dans les situations les plus diverses et contribuer à la promotion d’une politique de gestion de l’espace sur laquelle les données de la biologie peuvent et doivent nous apprendre beaucoup.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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